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7 mai 2026 4 07 /05 /mai /2026 14:43

 

EDA ouvert du mardi au samedi inclus

de 9h à 12h et de 14h à 18h

ENTREE LIBRE

-fermé les jours fériés-

 

page facebook : - Eda Espace des Arts

Jacques LAHOUSSE à l'EDA

HORS CADRE

séquences éphémères

 

     « Un jour ou l’autre, il faut partir. Quitter ce monde. C’est dans l’ordre plus ou moins naturel des choses. On le sait, on n’est pas fait pour durer. Ceci étant, on espère tenir le plus longtemps possible, et surtout le moins mal possible… »

     Parcelles d’existence, séquences de vie, instants partagés. Quand on arrive au bout du chemin, y a de l’embouteillage dans le rétro. Et les souvenirs cumulent, quand l’avenir se fait peau de chagrin. Chagrin de poussières, aux larmes resurgies. On ne refait pas le film. La pellicule a vécu, les oxydes ont vieilli les images. Il faut tourner la page. « On ne peut pas être et avoir été » nous dit une vieille comptine à usage troisième âge. Il reste ce que la mémoire veut bien nous concéder. Il reste aussi des traces, des photos, des écrits, des dessins, peintures, quelques mots évanouis sur du parchemin fripé, mal rangé. Mais aussi des visages où planent encore l’ombre des passions et les querelles passagères. « Il était une fois »… dans le territoire des émotions, assiégé par le doute qui bien des fois nous fit côtoyer  le gouffre des indifférences. Il est des silences bien plus assourdissants que le grand boucan d’un orage qui racle le plafond.

     J’ai souvent eu le sentiment d’être invisible, qu’on ne me voyait pas, ou si peu, que je n’existais pas, qu’on m’ignorait. Un homme invisible, un défaut d’existence, un accident de parcours, ou de fabrication. Et pourtant, j’existais bien, tant que je puisse me pincer pour y croire, j’existais bien, « par la force des choses » comme l’on dit, à devoir m’intégrer, trouver ma place… rentrer dans le rang ? Pas vraiment, mais dedans certes, tout en pratiquant la marge. Comme une bulle d’oxygène… indispensable.

      Devoir exister, ou vouloir exister, en dehors du cadre pressenti. Les artistes font ça très bien. Je ne sais toujours pas si j’en suis un. J’ai jamais aimé les casquettes, encore moins les chapeaux et autres couvre-chefs. Probablement atypique. Non manufacturé. Rebelle peut-être, pour cause, par nécessité ? ou par obligation ? Qu’importe le pédigree, puisque le choix s’est imposé le plus naturellement du monde. Sûr qu’on s’apprête là à bien des ennuis et pas mal de soucis. Et c’est ainsi qu’on traverse des souffrances qui vous marquent à jamais, vous poursuivent tout le long de la vie et vous enseignent à ne pas trop la ramener. La lucidité est souvent cruelle à avaler, mais tant nécessaire. Relativiser, une bouée de sauvetage idéale. Nous sommes peu de chose. Encore faut-il s’en persuader, pour ne pas sombrer au chapitre des dépressions. Problème de destinés, plus ou moins assumées. Chacun la sienne, à devoir s’en arranger, puisqu’il faut bien vivre, dès fois survivre, demander le programme, orientation, vocation, aspiration…l’existence quoi ! Pas facile d’y arriver, s’y frayer un chemin, une quête, parfois quelques conquêtes. Jouir de la vie, quand l’occasion vous est offerte, comme une femme peut s’offrir à vous dans l’ardent désir d’un bonheur partagé. Bien souvent éphémère, aux retours parfois bien amers. Mère de tous nos soucis, le bonheur est plus que fragile, une drôle d’invention pour alimenter la boîte à regrets. Comme un sursis accordé, l’espoir d’un « reviens-y ».

     Le temps nous fait disgrâce, nous abîme de fond, jusque même dans les combles ? Ça rigole pas de vieillir. Ça vous dégringole dans les moindres replis, nous oblige à abdiquer, se rendre aux évidences, le miroir ne ment pas, vous laissant seul face à l’ombre de vous-même. Et pourtant, les neurones ont moins la gamberge, même que, si la sénilité n’a pas pris le dessus, elles vous octroient comme une seconde jeunesse, avec le bonus de l’expérience et un vieux cocktail de sagesse appropriée. « La force de l’esprit » dixit un président peu de temps avant de rendre l’âme. Ça vous rend l’illusion plus perdurable, et une dose d’espoir plus acceptable.

     Alors, plus ou moins bien fagoté pour affronter la dernière ligne droite, il me reste des séquences à partager, celles qui ont jalonné mon existence, à chercher du sens à ce l’on voit, l’on perçoit, tant de situations où notre regard est confronté. La photo m’a permis ce privilège. Et le journalisme m’a offert un plus dans le domaine des opportunités. Inventaire de visions passagères qui traversent notre quotidien et forgent notre perception du monde, avec la volonté esthétique de transgresser l’image primitive pour en révéler le caractère singulier qui ouvre le regard, et probablement l’esprit, sur une autre dimension.

     L’exposition « Hors cadre » ne fait que proposer cette invitation à l’attention des visiteurs qui partageront ce regard éphémère.

 

                                                                                                        J.L

Jacques LAHOUSSE à l'EDA
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Published by "espace des arts"

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  • : L'espace des arts est une galerie municipale qui accueille à l'année toute forme d'expression plastique. Vitrine ou portail de l'art actuel (à travers la peinture, la photographie, la sculpture, etc), elle a pour ambition de proposer gratuitement au public des expositions de qualité en permettant aux artistes confirmés de présenter un large éventail de leur travail.
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